Fabrice Neaud : « Le paysage a une certaine importance, chez moi, quel qu’il soi »
Il ne reste que quelques jours pour découvrir l'exposition "Petites cases... Grands espaces ! Le paysage dans la BD" actuellement présentée au Compa.
Depuis le 18 décembre, les paysages d’ici et d’ailleurs se sont installés entre les murs du Compa, musée de l’agriculture départemental, basé à Chartres.
Au cours de cette exposition, plus de 250 planches et près de 40 dessinateurs entraînent le visiteur dans des paysages réels ou imaginaires d’une diversité impressionnante. Pour quelques jours encore, aventurez-vous dans les Terres Australes aux côtés d’Emmanuel Lepage, marchez le long de la Loire avec Etienne Davodeau, partez à la campagne avec Catherine Meurisse, explorez le monde étrange de François Schuiten, etc. Ici, les héros ne sont pas les personnages mais les paysages…
Dans le cadre de cette exposition, Fabrice Neaud, auteur de bande dessinée actuellement exposé au Compa, nous livre sa vision du paysage et confie quelques mots sur son travail.
- Quelle place donnez-vous au paysage dans votre travail ? Et comment le pensez-vous (dès le début de votre réflexion par exemple ? ou plus tard ?)
Je ne fais pas de distinction de « sujets » dans mon travail. Dans la mesure où il s’agit d’un récit, tous les éléments qui le constituent ont ou n’ont pas de place ou de pertinence en son sein. Il se trouve que le paysage a une certaine importance, chez moi, quel qu’il soit. Dans « Le dernier Sergent », par exemple, les paysages péri-urbains ont une importance capitale, ainsi que les parcs publics et un parc en particulier (celui dans lequel se déroule une grande part des actions ou errances du narrateur), ce qui confère à ce dernier le (presque ?) statut de protagoniste à part entière : il vit, il conditionne son arpent. La tempête de 1999, par exemple, joue un rôle crucial dans la possibilité de s’y promener ou non, et conditionne alors une partie des rencontres qui s’y jouent. Dans Journal (4) – Les Riches Heures, d’où sont issues les pages exposées au Compa, le paysage présenté (celui du Pays basque) est peut-être un peu plus fantasmé, bien qu’il procède d’images que j’ai captées moi-même (photos ou croquis sur place) pour créer une balade rêvée, irréaliste, en vérité. Le moment correspond davantage à un état d’esprit qu’à une réelle randonnée.
- Quelle est votre technique de dessin privilégié pour travailler le paysage ?
Je n’ai pas de technique privilégiée. Le récit est prioritaire. Ainsi j’utilise les mêmes outils pour créer l’unité de celui-ci, sans distinction des autres pages et sujets (portraits, actions…) : plume Tachikawa et encre de Chine sur papier technique A3.
- Qu’aimez-vous saisir dans le paysage (un mouvement, la lumière…) ?
Tout peut faire sens dans le paysage dessiné. Comme je le disais plus haut, cela dépend de quoi il devient le cadre, s’il est lui-même sujet, voire portrait (le parc du Dernier Sergent, par exemple) ou moment « psychique » (Journal (4)), s’il n’est qu’un décor ou, au contraire, l’objet même de la contemplation, voire, parfois, le strict cadre documentaire qui situe l’action ou le narrateur. Après, ces derniers temps, l’ensemble de mon traitement des sujets semble privilégier la lumière.
- Quelle est votre source d’inspiration pour travailler un paysage (paysage vu auparavant ? Paysage imaginé ?)
Là encore, comme je fais récit, le paysage peut aussi bien être un élément comme un autre que comme sujet principal. Il peut être semi-fantasmé (Pays basque Journal (4)) ou traité avec minutie et précision (le parc de nuit du Dernier Sergent) ou encore devenir l’objet d’un discours sur lui où qu’il conditionne. Mais, en règle générale, il peut être plus ou moins localisé, hormis la ville du narrateur, qui, si elle est potentiellement reconnaissable, n’est jamais nommée et n’a pas vocation à l’être.
Informations pratiques
Exposition « Petites cases… Grands espaces ! Le paysage dans la BD » à voir au Compa jusqu’au 15 juin. Ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 18h.
Dernière entrée à 17h30