Eure-et-Loir 1900 : Une belle époque ? - Une industrie intégrée à une vie rurale dynamique

Par eurelien.fr
//  Publié le
06-04-2021
//  Mis à jour le 06-04-2021
Temps de lecture : 12 min

Au début de la Belle Époque, après une reprise rapide à la suite de la guerre de 1870-1871, l’essor de l’industrie française s’essouffle régulièrement.

Localement, la première crise (1883-1887) ne semble pas encore trop brutale. En 1885, la situation industrielle du département est considérée comme satisfaisante par les observateurs de l’époque. Le département compte alors 77 manufactures employant 4957 ouvriers. Le salaire journalier moyen est de 4,2 F pour les hommes, 2,2 F pour les femmes et 1,2 F pour les enfants. La vie ouvrière est calme et les relations avec le patronat sont dites « paisibles ». Par contre, le département subit de plein fouet la crise du début des années 1890. Les secteurs géographiques les plus industrialisés sont alors l’arrondissement de Dreux et la ville de Nogent-le-Rotrou. Cette dernière voit le nombre de ses manufactures divisé par trois entre 1885 et 1897. Les statistiques industrielles concluent néanmoins à cette date sur « une période de relance après crise », mais au cours de laquelle la concurrence étrangère exerce une pression toujours plus forte sur les entreprises et l’économie françaises.

La dépression économique des années 1880 correspond surtout, dans l’industrie, à des changements techniques. La révolution de la vapeur fait alors place à celle de l’électricité (1881) et à celle du moteur à explosion (1898-1905). Pour autant, ces nouvelles inventions ne marquent pas le déclin immédiat des anciennes. La machine à vapeur ne cessant de se perfectionner, le charbon et la force hydraulique restent donc les principales sources d’énergie, qui plus est en Eure-et-Loir où près de 50 % de l’industrie repose encore sur des moulins en 1900. Des turbines toujours plus perfectionnées, telle celle produite par la famille Brault à la fonderie de Chartres et primée en 1889 à l’exposition universelle de Paris, remplacent alors les aubes. En Eure-et-Loir, les innovations liées à ces changements techniques se traduisent par une amélioration du confort et de la communication avec l’extension des voies de chemin de fer (1883-1899), le développement du tramway à partir de 1888 et l’apparition des premières lignes téléphoniques, télégraphiques, d’électricité à partir de 1911. Ces dernières restent cependant marginales et réservées aux agglomérations jusque dans les années 1920. Même l’innovation dans le développement des loisirs surclasse l’amélioration de machines agricoles qui, curieusement, ne fournit de base qu’à 25 % des demandes de dépôt de brevet en 1881.

Artisanat et très petites entreprises répandus en Eure-et-Loir

Au tournant du siècle, comme dans une grande majorité du pays, l’activité industrielle en Eure-et-Loir repose avant tout sur une petite industrie rurale dispersée, héritage direct du travail rural « à façon » caractérisant la proto-industrialisation du XVIIIe et du début du XIXe siècle. En effet, les manufactures ne concentrent finalement que 5 % des établissements industriels et concernent principalement la meunerie, l’imprimerie et le secteur des machines-outils. Les grands fleurons de l’industrie française de l’époque (textile, sidérurgie) sont peu représentés en Eure-et-Loir, citons néanmoins les manufactures textiles Waddington, à leur apogée dans les années 1890-1900, ou la fonderie Brault et Teisset de Chartres. En 1900, l’artisanat et les très petites entreprises restent donc les structures les plus répandues (95 %). Ce sont alors les fabriques de vêtements et les petits ateliers de confection qui dominent (25 %), puis viennent ceux du travail des métaux (ferronnerie, etc. : 19 %) et enfin ceux des secteurs de la construction et du bois (16 et 14 %).

14 930 personnes travaillent dans ces établissements. Si l’emploi masculin y est dominant, 20 % de ces travailleurs sont des enfants. Depuis la loi du 30 mars 1900, la durée quotidienne du travail est fixée à 11 heures. Généralement, les règles d’hygiène et de sécurité des travailleurs, dictées par les décrets et les lois des années 1893 et 1894 sont plutôt bien respectées. Le service de l’inspection du travail note, pour 1900, 1 163 accidents rarement mortels ou incapacitants.

Les documents de l’époque témoignent aussi de la vigueur du commerce à la Belle Époque : Chartres compte 1494 commerces en 1901 et, loin d’être désertés par les enseignes, les petits bourgs ruraux comptent aussi plusieurs commerces (206 à Illiers ou encore 44 à Thiron). Les métiers et commerces les plus répandus sont, à l’image de l’industrie, ceux de la construction et de la couture, les épiceries et métiers de bouche et, devant tous les autres, les débits de boisson à hauteur d’un pour 125 habitants en moyenne.

Stabilité monétaire et coût de la vie

En France, les difficultés économiques rencontrées à la suite de la guerre de 1870 sont rapidement dépassées, comme le prouve l’exposition universelle de Paris en 1878 et son rayonnement. Le pays entre alors dans une phase d’essor économique lent, certes, mais constant jusqu’à la Première Guerre mondiale. Cette phase de croissance économique repose, entre autres, sur un franc solide, directement fondé et étalonné sur l’or, qui n’a donc subi que très peu de fluctuations entre 1878 et 1914. Un ancien franc (F) en 1901 valait environ 4€ (source Insee). Cette stabilité monétaire participa directement au maintien du coût de la vie qui varia peu au cours de cette époque.

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